Parfois, la vie nous envoie un colis piégé. On l’ouvre, et on découvre que l’on n'est pas prêt à le recevoir, alors on le met de côté.
Momentanément, cela résout le problème. Mais le momentané passe, et le problème demeure.
Pourtant, on rechigne à se plonger dans ce colis déplaisant et inattendu. On rechigne tellement qu’une âme bienveillante finit par nous dire qu’il va bien falloir accepter la situation.
“Accepter la situation” ? Voilà un beau conseil bien flou. On ne sait même pas ce que ça veut dire. (Ni même si ça veut réellement dire quelque chose, d’ailleurs.)
Je suis coupable d’avoir donné ce conseil un peu trop de fois. Et j’ai réalisé que, sans explication supplémentaire, c'était sacrément creux.
Alors, au cas où le sens de ces trois mots vous échappe autant qu’il vous intrigue, voici le sous-titre que j’y mets.
Accepter la situation. En surface, c’est un programme qui semble simple. Il suffirait d’observer la situation dans laquelle on se trouve, et de l’accepter dans son entièreté. Accepter que les choses soient telles qu’elles sont. Donc… se résigner ? Baisser les bras, face à une réalité qui nous est défavorable ? Absolument pas.
Accepter la situation, c’est parfois la manière la plus efficace pour la faire changer.
Accepter la situation, c’est faire l’effort de regarder avec froideur la réalité dans laquelle nous sommes, précisément pour nous assurer que nos actions auront les conséquences que l’on espère.
Accepter la situation, c’est oser mettre de côté une représentation mentale familière, pour en choisir une autre, plus conforme avec l’état du monde actuel. Cette ancienne représentation mentale, il est possible qu’elle soit présente en nous depuis longtemps. L’abandonner, c’est terriblement difficile, parce que cela implique d’abandonner simultanément une partie de son passé et une partie de son futur. Les rêves que l’on avait et l’époque où l’on faisait ces rêves.
Accepter la situation, c’est admettre que nos croyances d’hier étaient erronées, ou qu’elles sont devenues obsolètes. Et procéder à cette mise à jour requiert un effort mental complexe et coûteux. Parce qu’il est possible que ces croyances aient contaminé énormément de ce qui constitue notre cartographie du monde et de son fonctionnement.
Accepter la situation, c’est difficile aussi parce que cela nous enlève l’option de nous débiner, sous prétexte d’être dans une impasse. Car il y a toujours plusieurs réponses possibles à la question « Face à cette situation, que puis-je faire ? » : donc toujours un choix à faire.
Accepter la situation, c’est parfois trouver un rêve, souvent bien différent mais réellement atteignable. C’est devenir capable d’oublier les aspirations générales avec lesquelles on a grandi, pour faire émerger des aspirations nouvelles, choisies et non héritées.
Accepter la situation, c’est parvenir à adopter un regard neutre sur la situation dans laquelle on se trouve, sans la considérer comme une situation dégradée par rapport à ce qu’elle devrait être. Y voir, non pas une situation défavorable que l’on subit, mais la situation de départ, que l’on peut faire évoluer.
Accepter la situation, c’est souvent accepter que notre situation soit différente de celle des autres, sans y voir une injustice ni esquisser une comparaison.
Accepter la situation, c’est savoir tomber amoureux de ce destin qui nous est tombé dessus. Chercher puis trouver la beauté qu’il recèle.
Accepter la situation, c’est un hymne à l’action, à l’émerveillement. Autour de nous, il y a mille occasions de trouver de la joie. Encore faut-il que notre cerveau, pollué par des attentes à la fois communes et absurdes, sache les reconnaître.
Prenons un exemple concret.
Mon frère Emeric vit depuis 2019 avec une maladie neurologique auto-immune qui s’attaque à ses jambes et à ses bras. Il y a eu des jours, pas si lointains, où le simple fait de marcher était une véritable négociation avec son corps.
En septembre, il va tenter de gravir le Mont-Blanc. Son intention est de sensibiliser au don de plasma (le liquide sanguin qui contient nos globules et nos plaquettes). Car, s’il peut croire à ce défi, c’est notamment grâce à un traitement fabriqué à partir du plasma donné par d’autres personnes.
Emeric a résumé son projet en une phrase : « La maladie ne m’a pas volé un rêve. Elle me l’a révélé. »
C’est peut-être cela, au fond, accepter la situation : regarder le monde nouveau qui se présente devant nous, puis choisir ce que l’on veut y vivre.
Il se trouve que vous êtes en capacité d’aider Emeric, en faisant un don de plasma (qui se rapproche d’un don du sang). Il suffit d’avoir entre 18 et 65 ans et de peser plus de 50 kg.
Chaque rendez-vous pris pour un don représentera symboliquement un mètre de son ascension. En donnant votre plasma, vous pouvez donc l’aider à gravir le Mont-Blanc tout en permettant à des personnes comme lui de continuer à tenir debout.
Pour rejoindre la cordée des donneurs :
Prenez rendez-vous auprès de l’Établissement français du sang
Au moment de renseigner vos coordonnées, inscrivez « Cordée » dans le champ libre « Entreprise / École / Commune »
À vous de jouer ?
Merci à Maël Guyot, Brice Guyot, Eliette Guyot et Emeric Guyot, pour les nombreux échanges qui ont nourri cette réflexion.
PS : Si ce texte était exactement celui que vous aviez besoin de lire aujourd’hui, je vous embrasse fort.


